La France vient d’adopter une loi dite « anti-déchets » visant à enrayer l’obsolescence des appareils électroniques. La loi s’applique aussi bien aux appareils électroménagers que aux smartphones, aux ordinateurs ou aux téléviseurs : elle établit notamment des obligations pour les fabricants en matière de pièces détachées et d’assistance logicielle et introduit un « indice de réparation ».
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Ce jeudi 30 janvier 2020, les députés ont validé un texte qui bouscule nos habitudes : la loi anti-déchets, ou loi sur la lutte contre les déchets et l’économie circulaire. Son objectif, affiché comme une promesse du quinquennat d’Emmanuel Macron, se veut ambitieux : « sortir la France d’une société tout à fait disponible pour une société tout à fait réutilisable », comme l’a martelé Brune Poirson, secrétaire d’État à l’initiative du projet. Une promesse qui, pour une fois, ne se contente pas de mots : la production massive de déchets électroniques n’a jamais été aussi visible. Chaque année, plus d’un million d’appareils électroniques finissent à la benne : smartphones, machines à laver, ordinateurs… La liste s’allonge, portée par la vague des objets connectés et des dernières innovations. Rien ne laisse penser que le volume de matériel par foyer ralentira à l’avenir. Cette nouvelle loi anticipe, encadre et tente de freiner cette spirale en imposant de nouvelles règles à toute une industrie.
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Regardons de plus près ce que ces nouvelles exigences impliquent, en particulier pour les smartphones, ordinateurs et autres produits tech qui rythment notre quotidien.
Informations sur la réparabilité et impact sur la consommation
Première avancée : la mise en place d’un indice de réparabilité, qui devra désormais s’afficher sur chaque appareil électronique, à l’image des fameuses étiquettes énergétiques. Cette note, visible en magasin, sur l’emballage ou l’appareil lui-même, permettra à chacun d’estimer en un clin d’œil la capacité d’un produit à être réparé. Le but affiché : atteindre un taux de réparation de 60% pour les équipements électriques et électroniques d’ici cinq ans.
L’indice prendra la forme d’une note sur dix, affichée clairement avant l’achat. Sa conception a impliqué tous les acteurs du secteur : fabricants, distributeurs, associations de consommateurs, ONG. Les premiers concernés ? Les smartphones, ordinateurs portables et téléviseurs, véritables piliers de la consommation numérique. Cette obligation doit s’imposer avant le 1er janvier 2024.
Autre évolution concrète : dès le 1er janvier 2021, les fabricants sont tenus d’informer sur la disponibilité des pièces détachées, leur durée de commercialisation, et d’afficher la liste en magasin ou sur le produit. Les pièces devront être accessibles sous 15 jours maximum. Les réparateurs, quant à eux, devront proposer des pièces issues du réemploi chaque fois que possible, favorisant ainsi une économie circulaire plus vertueuse.
À partir du 1er janvier 2022, les opérateurs et fournisseurs d’accès à internet devront aussi indiquer la quantité de données consommées et l’équivalent en émissions de gaz à effet de serre. C’est une petite révolution sur le plan de la transparence environnementale, comme l’indique le site du Ministère de la Transition écologique et solidaire.
Repenser le recyclage : la pression monte pour les fabricants
La loi introduit une nouvelle responsabilité pour les acteurs du secteur électronique. Désormais, fabricants et distributeurs doivent financer, organiser et mettre en place des solutions efficaces de collecte, de réutilisation ou de recyclage. Le financement prendra la forme d’une écocontribution, calculée selon la difficulté de recyclage de chaque appareil.
En clair, plus un produit sera complexe à recycler, plus son traitement coûtera cher à celui qui l’a mis sur le marché. À l’inverse, un appareil pensé pour faciliter le recyclage générera une contribution allégée. Ce système de « bonus-malus » entre en vigueur dès le 1er janvier 2020, récompensant les produits les plus responsables et sanctionnant les autres.
Les fabricants qui ne jouent pas le jeu verront leur facture alourdie. Le montant pourra même être fixé par décret si nécessaire. Impossible d’échapper à la visibilité de ce dispositif : le bonus ou malus devra s’afficher sur le produit, soit via un code couleur, soit par un pictogramme. Les modalités exactes seront précisées par arrêté.
Une loi encore inachevée
Ce texte anti-gaspillage n’a rien de définitif. Dans les six mois qui suivent son adoption, le gouvernement doit remettre un rapport sur l’impact des appareils numériques et l’obsolescence induite par les logiciels. Car la fin des mises à jour condamne de nombreux appareils à une mort prématurée, en particulier les smartphones. Un sujet sensible qui n’a pas fini d’alimenter les discussions.
Autre zone d’ombre : le coût de la réparation. Si le prix d’une intervention dépasse celui d’un produit neuf, la tentation du remplacement reste forte. La loi prévoit la création d’un fonds pour alléger la facture, mais sa forme et son fonctionnement restent encore flous.
La bataille contre le gaspillage électronique ne fait que commencer. Face à la montagne de déchets générés chaque année, ce texte pose les premiers jalons d’une consommation plus responsable. Reste à savoir si, dans quelques années, acheter un smartphone neuf sera encore un réflexe, ou un choix mûrement réfléchi.


