S’habiller à la mode est-il vraiment indispensable aujourd’hui ?

Un vêtement n’a jamais changé la face du monde, mais il suffit parfois d’un détail pour modifier la perception que l’on porte sur soi, ou celle que les autres nous renvoient. Cette interrogation revient sans cesse lorsque l’on se penche sur son image ou que l’on cherche à mieux habiter son style. Faut-il vraiment suivre la mode ? Il n’est pas rare qu’un ami ou une cliente me demande : « C’est quoi la tendance du moment ? Et ce pull, il est encore “à la mode” ou déjà dépassé ? »

Ce qui retient surtout mon attention, c’est ce que cette question révèle en filigrane. Derrière le désir d’être “dans la tendance”, quelles attentes se cachent ? Qu’est-ce que cela change, concrètement, de suivre ou non la mode ? Et surtout, quelle réalité recouvre cette idée d’être “à la mode” ?

Nous sommes tous déjà influencés par la mode

On ne s’en rend pas toujours compte, mais, qu’on le veuille ou non, notre façon de nous habiller porte la marque de notre époque. Impossible d’y échapper. Prenez quelques photos des dernières décennies : il suffit de les aligner pour mesurer à quel point nos vêtements, nos coupes de cheveux, notre maquillage sont dictés par des codes bien actuels, même si on se croit “hors mode”.

La mode façonne ce que l’on trouve en boutique. Les vitrines s’alignent sur la tendance, mais la rue, la télévision, les réseaux sociaux distillent aussi leur lot d’influences. On s’approprie parfois des pièces vues partout sans même interroger ce désir soudain. La force de l’habitude, la magie de la répétition.

Tout cela tient aussi à notre société, à notre rythme de vie. Le corset, autrefois incontournable, a disparu au profit de vêtements plus souples… parce que la vie a changé, tout simplement. En 1900, la silhouette féminine exigeait cette contrainte ; aujourd’hui, plus personne n’imaginerait un retour massif à ce carcan.

La question n’est donc pas de choisir entre être “à la mode” ou s’en tenir à l’écart, mais plutôt de saisir ce que la mode peut réellement nous apporter. Comment en tirer le meilleur parti ?

La mode, un concept pluriel

Minimalisme, sandales à franges, color block : toutes les tendances ne jouent pas dans la même cour. Le mot “mode” recouvre en réalité une multitude de dynamiques, dont voici les principales :

  • Des courants de fond, comme le minimalisme ou la mode éthique, ou encore l’idée que l’on peut s’habiller de façon assez semblable quel que soit son âge.
  • Des tendances propres à certaines communautés, ou à un mode de vie particulier. L’université en est un bon exemple : les étudiants en sciences et ceux en lettres n’adoptent pas les mêmes codes vestimentaires. Ici, s’habiller, c’est affirmer son appartenance à un groupe.
  • Enfin, ces micro-tendances qui surgissent chaque saison, voire chaque mois, et qui s’épuisent aussi vite qu’elles sont apparues.

Le minimalisme, par exemple, irrigue non seulement l’habillement mais aussi les bijoux, la déco, le maquillage…

Suivre la mode, qu’est-ce que ça implique ?

Est-ce qu’il s’agit de se couler dans un courant dominant ? Rien ne s’y oppose, tant qu’on y trouve du sens, tant que les valeurs portées par la tendance résonnent avec notre propre univers. Mais avant de suivre les yeux fermés, prenez le temps d’identifier ce qui compte vraiment pour vous, ce que vous souhaitez exprimer.

En étant au clair sur vos envies, vous pouvez laisser transparaître ce qui vous anime, que ce soit par une coupe de vêtement, un choix de couleur ou une manière d’accessoiriser. C’est là que naît ce sentiment d’être en phase avec soi-même, un ressenti qui disparaît dès qu’on s’efforce de coller à la mode sans se poser de questions.

Suivre la mode, est-ce adopter les codes du groupe auquel on appartient (ou auquel on aspire à appartenir) ? Ce choix dépend de l’histoire de chacun, de la confiance que l’on a en soi, de ses envies de changement. Trouver l’équilibre entre les codes collectifs et ses préférences personnelles, voilà un sujet qui mériterait à lui seul un article entier.

Est-ce se laisser porter par toutes les tendances qui déferlent sans cesse ? Certaines ne durent qu’une poignée de semaines. Peut-on vraiment courir derrière chacune d’elles ? C’est illusoire, coûteux, épuisant, et frustrant. Cette course sans fin finit souvent par vider le portefeuille… et l’enthousiasme.

Parmi les tendances éphémères, on se souvient du manteau camel façon cape, de la chemise à carreaux XXL, du color block ou encore des bottes à franges.

Comment profiter de la mode sans s’y perdre ?

Avoir accès à une mode en perpétuelle évolution, c’est l’opportunité d’expérimenter, d’essayer, de s’amuser. Rien n’oblige à l’uniformité : on peut s’approprier ce qui nous plaît, laisser de côté le reste. Les enseignes renouvellent sans cesse leurs collections, proposant des pièces auxquelles on n’aurait pas songé. Pourquoi ne pas profiter de cette abondance pour élargir ses horizons ?

La mode, c’est aussi un éternel recommencement. On ne compte plus les vêtements “nouveaux” qui ne sont que des réinterprétations d’anciens modèles, parfois rebaptisés pour l’occasion. Le jean à pattes d’éléphant, par exemple, s’est transformé en “flare” au fil des années.

Ce qui frappe aujourd’hui, c’est la coexistence de multiples styles. Impossible de parler d’une seule et unique mode : chacun pioche selon ses envies, s’inspire, compose, et laisse de côté ce qui ne lui ressemble pas.

Des classiques reviennent régulièrement : tout à coup, les ballerines, les baskets blanches ou les bottes montent sur le devant de la scène. On redécouvre le tartan, on s’enthousiasme pour le corail, on ressort un imprimé vintage du placard.

Ces tendances peuvent servir de prétexte pour tester de nouveaux vêtements, introduire un basique inattendu, ou revisiter une pièce oubliée. La mode, c’est aussi la liberté de (re)découvrir un accessoire, une couleur, un motif.

Qui n’a pas vu réapparaître les must-have des années 90 ? Certains ont tout testé, même la fameuse veste façon tapisserie (coupable ici !). Et demain, quel retour improbable nous surprendra ?

Expérimenter oui, mais sans perdre son sens critique

Envie de tenter une nouveauté ? Rien ne vous empêche de l’essayer pour voir ce que cela vous évoque. Puisque la tendance est partout, il est facile de l’intégrer sans attirer l’attention. Parfois, la surprise est au rendez-vous : une pièce adoptée sur un coup de tête finit par s’imposer comme un basique de votre garde-robe.

Mais attention à ne pas tomber dans le piège du mimétisme. Le but n’est pas d’adopter toutes les tendances à la lettre, bien au contraire.

Deux citations croisées, issues de sociologues qui se sont penchés sur le phénomène, valent la peine d’être méditées :

Guillaume Erner : « Nous recherchons l’originalité et nous sommes soumis à l’uniforme de la dernière nouveauté, oubliant notre sens critique et notre peur du ridicule. »

Gustave Le Bon : « L’influence de la mode est si puissante qu’elle nous oblige parfois à admirer des choses qui ne sont pas intéressantes et qui sembleront même quelques années plus tard de laideur extrême. »

Gardez donc l’esprit ouvert mais critique. Libre à chacun de tester une, cinq, ou aucune tendance par an. Il n’existe aucune loi en la matière, hormis celle de se respecter soi-même et de cultiver la cohérence avec son style de vie.

Avant de céder à la dernière nouveauté, posez-vous les vraies questions : ce vêtement me met-il en valeur ? Est-il cohérent avec mon mode de vie ? S’intègre-t-il à ce que je possède déjà ? Est-ce que je me reconnais vraiment en le portant ?

Années 90, toujours vivantes : jeans troués remis au goût du jour par Gigi Hadid, lunettes rondes, robe sur t-shirt et ras-du-cou chez Anik Lacasse en 2016. La boucle n’est jamais vraiment bouclée.

Au fond, la mode doit rester un jeu, non une contrainte. Faites-en votre terrain d’expression, piochez ce qui vous ressemble, et laissez le reste. La mode ne prend le dessus que si on lui en laisse la possibilité.

Et vous, jusqu’où laissez-vous la mode influencer votre style ? Légèrement, passionnément ? Exprimez vos choix, partagez vos points de vue : la conversation ne fait que commencer.